Atelier Biro

Posture architecturale et méthodologie


Habitat

Un programme à double visage
Entre la ville et l'intime

Le logement fabrique 95% de la matière de la ville : la posture de l’architecte doit faire une synthèse entre les nécessités pratiques indispensables au confort interne du logement, la typologie général du projet, la relation à l’espace urbain dans lequel il prend place, les question de continuité ou de discontinuité. L’immeuble d’habitation est un trait d’union entre un dehors surexposé, objet de tous les regards, écriture de la ville, sujet aux variations de la mode et un dedans intime, secret, fragile : comment peut-il se construire une image ?
L’envers de l’architecture, son double, peut être nommé très simplement par le mot usage.

Espaces intermédiaires
de la rue à la chambre à coucher

Sociologues et anthropologues ont montré l’importance
agence biro

de l’habiter dans l’identité individuelle et collective. Dans le rapport de l’individu à un édifice de logements, il ne faut pas confondre l’extériorité du passant et la situation de proximité répétitive de l’habitant.

La première appréhension d’un immeuble d’habitation s’effectue à travers les espaces intermédiaires constitués de l’ensemble des séquences visuelles et des passages depuis la rue vers le « chez soi » : hall d’entrée, circulations horizontales et verticales fermées ou à l’air libre, espaces d’accompagnements extérieurs minérales ou végétales… L’aspect qualitatif du traitement architectural de l’ensemble de ces espaces (lumière, espace, volume, matériaux, possibilité de créer de la convivialité à travers des communautés de voisinage) est aussi important dans le vécu quotidien du bâtiment que le logement lui-même.

Comment circule-t-on de la rue à la chambre à coucher, comment s’articule cet ensemble de seuils qui assure une transition douce entre le public et le privé ?

Polyvalence et flexibilité du logement
à l'écoute des utilisateurs

Le mot flexible a des connotations très particulières en architecture : il suggère immédiatement un potentiel de mouvement et de changement. Il existe indéniablement une association simpliste de la notion de flexibilité avec celle de progrès, quelque chose qui pourrait s’échapper des contraintes de la tradition, quelque chose qui pourrait être changé et qui est nouveau pour toujours. Un logement flexible est un logement qui peut évoluer suivant les besoins des utilisateurs, incorporer les nouvelles technologies émergeantes, se transformer suivant des évolutions démographiques, et même muter afin de répondre à un usage totalement différent. Cette notion de flexibilité dans le
logement peut contenir des composantes sociales,
démographiques, économiques, techniques, environnementales,

La spécificité du logement collectif, c’est qu’il doit nécessairement contenir suffisamment de flexibilité pour permettre de satisfaire à différentes manières d’habiter. On ne s’adresse pas à un client « identifié », dont on serait capable de décortiquer le mode de vie afin de répondre spatialement à un maximum de ses usages, mais à des habitants dont chacun développera son propre quotidien, qui lui même sera largement enclin à évoluer (flexibilité croissante de la cellule familiale). Il faut également rajouter aux trois dimensions du projet une quatrième qui est le facteur temps. Comment imaginer un système réversible et ouvert qui puisse permettre des modifications ultérieures?

Espaces extérieurs : un chez soi dehors

Le logement collectif constitue l’alternative au souhait d’une très grande majorité de la population, réitéré constamment, d’habiter une maison individuelle, impliquant dans la transposition de ce rêve dans l’habitat collectif la relation cruciale entre intérieur et extérieur.

Depuis l’immeuble- villas de le Corbusier, dans lequel chaque appartement est une petite maison avec jardin située dans une structure collective, en passant par Némausus de Jean Nouvel où chacun des logements apparentés à une maison à travers leur typologie en duplex ou triplex s’ouvre sur un grand balcon filant, et jusqu’à Edouard François à Montpellier avec ses balcons cabanes perchés au milieu des arbres, les architectes se sont toujours interrogés sur l’interprétation, l’articulation et la nature des espaces extérieurs dans le logement collectif: balcons filants, terrasses privatives, espaces extérieurs d’accès dans le logement, loggias, jardins privatifs à rez de chaussée, cabanes rejetées à l’extérieur du logement : les formes que peut prendre cette relation entre l’intérieur du logement et le monde extérieur sont multiples. Il est certain que leur dimensionnement doit être imaginé afin d’en faire de véritables espaces de vie en plein air.

Ouvertures et protections

Les ouvertures dans le logement constituent le lieu particulier
de relations entre le dedans intime de la cellule et l’univers
extérieur public de la ville. De plus, ce système se développe
agence biro
également dans la dialectique du « voir et être vu ». Mur maçonné percé ponctuellement ou bien enveloppe totalement transparente, les questions de transcription littérale ou d’effacement sur l’enveloppe du bâtiment de l’organisation interne des typologies doivent être posées. Autrement dit comment s’opère les relations entre forme et fonction ?

Les questions d’évolutivité des logements et de réversibilité programmatique renforcent la pertinence et l’actualité de ces problématiques. La seconde thématique, complémentaire, est celle des occultations. Elles permettent une flexibilité dans l’usage des fenêtres quand à la transparence intérieure / extérieur : volets, stores, coulissants, ouvrants à la française
ou à l’italienne, le champ des possibles dans la question
des occultations d’un bâtiment de logements est très ouvert.

La matérialité, l’épaisseur, le degré d’opacité, ces hypothèses sont importantes car elles relient, fortes de la question de l’usage, la question de l’esthétique de la façade qui fabrique la ville avec celle du confort des usagers.



Enseignement


Un rapport ouvert à l'urbain
La relation avec l’environnement proche, l’appartenance au quartier

«Chaque projet débute à partir de l’histoire identitaire du contexte. La construction de la nouvelle école continue à l’écrire. (…) Les projets tissent des liens dans le quartier grâce à des promenades publiques, des espaces ouverts pour accueillir les familles. Il recompose et redéfinit les limites pour créer des lieux de rencontres autour de l’école devenue générateur d’énergie.» Florence Sarano

La cité scolaire peut consister un vecteur important de développement d’un urbanisme à venir. La porosité d’un bâtiment ou d’une partie de ce bâtiment et de son contexte proche peut également s’avérer déterminante dans la perception du projet. Les espaces récréatifs, ou jardins, proposent des espaces libres végétalisés précieux apportant une rupture du bâti ainsi des vues lointaines et des dégagements intéressants pour l’espace public. Ces espaces peuvent donc profiter, à minima visuellement à l’organisation de l’espace urbain et à la présence d’espaces libres végétalisés en ville.

Mutualisation du bâtiment
Une optimisation de l’utilisation du bâtiment hors du temps scolaire

« Aujourd’hui, l’école insulaire plutôt isolée
agence biro

de la collectivité, fermée durant les vacances paraît de plus en plus une aberration. Les écoles d’aujourd’hui [devraient devenir] à usages multiples et [devraient être] ouvertes toute l’année. Elles [serviraient] de centre d’animation et de formation continue pour les communautés. Ce [seraient] les lieux de vie où tout le monde se [rendraient] pour apprendre, échanger, se documenter etc. La souplesse d’utilisation devient donc désormais un élément déterminant. L’architecture doit répondre à cette évolution.»

Simon Forster

Il s’agit là de réfléchir à une temporalité dans les usages : certaines parties du programme peuvent être identifiées comme étant susceptibles d’être utilisées en dehors du temps scolaire par les associations de quartier ou autres : salle polyvalente, gymnase, bibliothèque, salle de restauration, salles d’art. Le bâtiment scolaire inclurait donc certaines parties de programme plus publiques, pouvant être accessible de manière indépendante en dehors des périodes de fonctionnement scolaire. Ce dispositif permet d’optimiser et de rentabiliser l’usage du bâtiment, de le rendre plus poreux pour les utilisateurs extérieurs, donc d’une fonctionnalité plus explicite qui ressert les liens entre l’édifice et le quartier.

Le bâtiment affirme donc son utilité éducative et récréative en dehors de sa fonctionnalité pure liée à l’Education Nationale, et propose ainsi un ancrage affirmé dans son environnement proche, une communauté de voisinage.

Polyvalence et flexibilité
Polyvalent : Qui offre plusieurs usages possibles.
Flexibilité : Aptitude d’un espace construit à se plier à une utilisation évolutive.


Une des premières questions abordées est celle de la réversibilité programmatique : la permanence de l’enveloppe qui offre à la ville une image stable, mais avec un potentiel changement de programme à l’intérieur du bâtiment. Cette hypothèse induit une distanciation entre le contenu et le contenant, et la mise en place d’un dimensionnement structurel propice à favoriser ces évolutions.

Nous questionneront également la « dilution » de certains programmes à l’intérieur des circulations (vie scolaire des élèves, restauration, espaces récréatifs, postes informatiques), ainsi que les relations entre les salles de classes et les circulations.

Enfin sur la définition de la salle de classe elle-même, quel est son potentiel de transformation ou d’ouverture sur l’extérieur ?

L'emboîtement des échelles
Du territoire au mobilier scolaire, l’école comme une micro cité

« S’il est possible d’interpréter les bâtiments tels des petites villes, alors les bâtiments scolaires en sont les meilleures exemples de loin : un espace central commun entouré et façonné par une périphérie d’éléments plus fermés : les salles de classe. Inévitablement, cela remet en mémoire l’image d’un espace public.»
Herman Hertzberger

L’organisation d’un espace scolaire démarre en général par une notion de traitement des flux des élèves. A partir de ces flux, et depuis l’espace public du parvis d’entrée s’articule alors le passage progressif de l’espace public à l’espace scolaire, à travers des notions complexes de filtres et de seuils.
Les circulations intérieures s’appréhendent ensuite comme des places ou des placettes, qui hiérarchisent des mises en relation entre plusieurs entités programmatiques. L’ensemble de ces espaces, dans leur scénographie et leur mise en réseau, ont également pour fonction la création d’espaces de convivialité et d’échanges.

Relation individu / communauté scolaire
Voir et être vu : le regard de la communauté sur l’individu, la place de l’individu au sein de la communauté scolaire

Cette question est centrale dans la fabrication spatiale et les répartitions programmatiques d’un édifice scolaire. En effet, il faut pouvoir favoriser la communication, les échanges et les rassemblements lors d’événements formels et informels, tout en proposant également aux élèves des espaces de liberté leurs permettant de s’isoler et d’échapper aux regards.

Les continuités visuelles, les transparences, les relations visuelles sont importantes afin de stimuler le contact visuel et la convivialité.

«La discipline procède d’abord à la répartition des individus dans l’espace. Pour cela elle met en œuvre plusieurs techniques.
1. A chaque individu, sa place ; et en chaque emplacement, un individu. [...] Il s’agit d’établir les présences et les absences, de savoir où et comment retrouver les individus, d’instaurer les communications utiles, de pouvoir à chaque instant surveiller la conduite de chacun, mesurer les qualités ou les mérites. Procédure donc, pour connaître, pour maîtriser et pour utiliser. [...]

2. La règle des emplacements fonctionnels va peu à peu, coder un espace que l’architecture laissait en général disponible à plusieurs usages. Des places déterminées se définissent pour répondre non seulement à la nécessité de surveiller, mais aussi de créer un espace utile. [...]

3. Dans la discipline, les éléments sont interchangeables [...]. L’unité [...] individualise les corps par une localisation qui ne les implante pas, mais les distribue et les fait circuler dans un réseau de relations. […]»

Michel Foucault

La salle de classe
Point de départ de l'innovation pédagogique

«Afin de pouvoir travailler par demi-classe, tiers de classe etc... il faut des écrans, des séparations mobiles aisées à déplacer. Les méthodes prônées se fondent sur l’expérimentation et le travail de groupe. On a calculé qu’elles exigeaient un espace de quelque 40% plus grand que celui de la classe traditionnelle. La salle rectangulaire n’est plus adaptée. Il faut des espaces qu’on peut modeler au grès des besoins.»
Simon Forster

Les questions géométriques à la fois en plan et en coupe,
agence biro

d’éclairement, de situation du professeur par rapport aux élèves, de ventilation sont bien entendu cruciales pour le développement d’une pédagogie innovante. L’échelle, l’assemblage, le traitement de l’ensemble en tant que « milieu sain », les interactions proposées par les relations physiques et visuelles d’une salle à l’autre, les relations à l’extérieur, tous ces éléments sont déterminants pour l’usage futur de ces espaces d’enseignement.

Les nouvelles technologies et l'apprentissage
Quelles évolutions, quels dispositifs au sein de l'espace scolaire

«La dématérialisation de l’information et des ressources documentaires, la mutualisation de la nature des documents transforment les rapports et les usages que nous avons de l’espace scolaire; l’information est partout, du WIFI aux téléphones portables, transitant par des réseaux à peine perceptibles. Cette dématérialisation gomme les frontières entre les disciplines, entre les langues, entre les moyens de communication, entre le texte, le son et l’image, entre l’école , le monde et le domicile entre les couloirs et la salle de classe, entre la cour, le self et le CDI.»
Maurice Mazalto

Il faut préparer les élèves/étudiants à confronter la mondialisation et imaginer leur avenir comme européen et international. Les nouvelles technologies jouent un rôle grandissant dans la façon dont s’effectuent les apprentissages. Un bâtiment d’enseignement doit donc être à même d’assurer la spatialité «diffuse et constante» proposée par cet outil. Les élèves/étudiants doivent également savoir acquérir des capacités de travail formelles et informelles en petits groupes et en équipe.

L’apprentissage à travers les cultures numériques doit pouvoir optimiser clairement sa place au sein des bâtiments d’enseignement. Par ailleurs des dispositifs tels que des tableaux interactifs, les moocs et la pédagogie inversée proposent des opportunités dont l’espace d’enseignement doit se saisir.





28 Rue Sedaine / 75011 Paris